Mais au-delà de cette contrainte matérielle, une autre réalité, plus silencieuse, se manifeste : celle d’une solitude émergente, liée à l’entrée dans la vie autonome. Car l’entrée dans la vie adulte, souvent idéalisée comme un moment d’émancipation, est aussi une période de fragilité. En effet, quitter le foyer familial, s’installer seul, faire face à l’absence de présence quotidienne, expose les jeunes à une forme d’isolement souvent sous-estimée. Parallèlement, les personnes âgées, attachées à leur domicile, sont confrontées à une solitude plus durable, marquée par la réduction des interactions sociales et la fragilisation progressive des liens. C’est dans cet entre-deux, où se croisent deux formes de vulnérabilité, les initiatives associatives émergent pour recréer du lien. C’est dans ce contexte que s’inscrit l’association Vivre Avec, qui propose des dispositifs de cohabitation intergénérationnelle. En permettant à des jeunes et à des seniors de partager un même espace de vie, elle propose une réponse plus sociorelationnelle qu’économique. Toutefois, dans le déploiement du Vivre Avec sur le terrain, il transparaît que le logement partagé, la présence mutuelle ne sont que la partie émergée de la cohabitation intergénérationnelle. La partie immergée, celle qui rend pérenne la cohabitation réside le travail discret et sui generis que l’association a su par force.

Dès lors, une question centrale se pose : comment ce travail invisible permet-il de rendre possible et durable la cohabitation intergénérationnelle ? Dans quelles conditions peut-il être maintenu face à la croissance du dispositif ? Pour répondre à cette interrogation, il conviendra dans cet article, dans un premier temps d’analyser les conditions sociales qui rendent nécessaire la cohabitation intergénérationnelle, en mettant en évidence la précarité du logement et la solitude des jeunes et des seniors, ainsi que la réponse apportée par l’association Vivre Avec. Dans un second temps, il s’agira de montrer à partir de certains cas de terrain que la réussite et la pérennité de la cohabitation intergénérationnelle repose sur un travail invisible d’accompagnement et de médiation, qui structure et soutient la relation entre les binômes. Enfin, dans un troisième temps, nous analyserons les effets de la croissance du nombre de binômes sur la qualité de cet accompagnement, en mettant en lumière les enjeux de formation, de temps d’écoute et de financement nécessaires à la pérennisation du « vivre avec ».

I. Habiter ensemble : entre précarité, isolement et apport du Vivre Avec

L’association Vivre Avec s’inscrit dans un contexte social profondément marqué par des fragilités multiples. Dans nos sociétés contemporaines, les jeunes sont confrontés à une double épreuve : non seulement le logement devient difficile à obtenir, instable et coûteux, mais ils doivent également faire face à une forme de solitude émergente, liée à l’entrée dans la vie autonome. Selon une étude d’Odaxa pour Nexity, 61 % des jeunes déclarent rencontrer des difficultés pour se loger et 50 % ont déjà été contraints de quitter leur commune ou envisagent de le faire faute de pouvoir y trouver un logement[1]. En ce qui concerne, l’isolement des jeunes, la Fondation de France, à la veille de la journée mondiale des solitudes (23 janvier), publie la 14ème édition de son étude annuelle sur les solitudes en France, menée en collaboration avec une équipe de recherche (Cerlis et Audencia) et le Crédoc. Cette édition confirme l’ampleur de la solitude dans le pays : en 2024, 12 % de Français se trouvent en situation d’isolement relationnel, à savoir qu’ils n’ont aucun réseau de sociabilité. Le sentiment de solitude quant à lui continue d’augmenter puisqu’il touche 1 personne sur 4 et ce chiffre atteint un pic notable chez les jeunes actifs âgés de 25 à 39 ans[2].

Ces études viennent confirmer le fait que nos sociétés actuelles produisent des situations de « désaffiliation » au sens Robert Castel[3][4], dans lesquelles les individus, bien qu’insérés dans la société, se trouvent privés de supports relationnels stables. Cette vulnérabilité touche particulièrement les jeunes, qui quittent le foyer familial pour s’installer seuls et se retrouvent dans des espaces vides où la présence d’autrui fait défaut. Cette solitude n’est pas seulement une absence de compagnie. Elle est une privation du lien au monde, une fragilisation de la capacité d’agir que Hannah Arendt décrivait comme l’isolement où Jamais je ne suis plus actif que quand je ne fais rien, et jamais je ne suis moins seul que lorsque je suis avec moi-même[5]. Dans ce contexte, l’association Vivre Avec intervient de manière décisive, non seulement pour offrir un logement, mais pour introduire une présence humaine, une altérité capable de soutenir et d’accompagner les jeunes dans ce passage complexe vers l’autonomie. En proposant de partager le quotidien avec une personne âgée, elle crée une dynamique de rencontre qui dépasse le simple échange matériel : il s’agit de réinscrire l’individu dans un espace relationnel et affectif, de réintroduire un rythme, une parole, une forme de continuité humaine.

Pour les personnes âgées, les enjeux sont différents, mais tout aussi essentiels. Avec le temps, les réseaux sociaux se réduisent et les interactions quotidiennes se font rares. La solitude s’installe, non seulement comme absence de compagnie, mais comme diminution de la capacité à interagir et à s’inscrire dans le monde. Ainsi naît la souffrance de sentir seul. L’incapacité d’agir et de faire exister sa présence dans le quotidien à cause de la diminution des capacités biologiques. Dans ce contexte, le maintien à domicile devient un enjeu majeur, tant sur le plan humain que sur le plan social et économique. Il ne s’agit pas seulement de rester chez soi, mais de préserver une continuité biographique, un cadre familier et rassurant. La cohabitation intergénérationnelle proposée par l’association Vivre Avec constitue une réponse innovante à cette problématique en favorisant des formes alternatives d’habitat partagé qui permettent de retarder, voire d’éviter, l’entrée en structure spécialisée. Cette solution possède également une dimension sociale et économique robuste. En France, selon les analyses de la Commission des comptes de la Sécurité sociale, le coût moyen d’un séjour en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) est estimé à environ 35 000 € par an, soit près de 2 900 € par mois, toutes dépenses confondues. Ces coûts peuvent varier selon les niveaux de service proposés et le type d’établissement (public ou privé), mais leur ampleur est significative dans les budgets publics et des familles[6]. À l’inverse, le coût du maintien à domicile, lorsqu’il est assuré par des services adaptés et des aides publiques, est généralement inférieur : environ 1 260 € par mois, ce qui représente une économie nette pour les ménages et les collectivités, surtout dans les niveaux de dépendance modérés[7].

Au‑delà de ces simples comparaisons de dépenses privées, des analyses récentes suggèrent que des économies publiques substantielles pourraient être dégagées si une partie des personnes âgées actuellement en EHPAD étaient soutenues à domicile. Un rapport publié en 2025 sur lemonde relève qu’un basculement progressif vers un maintien à domicile mieux structuré permettrait d’économiser près de 2 milliards d’euros immédiatement, en réorientant les ressources vers des solutions non institutionnelles pour les personnes en perte d’autonomie légère à modérée[8]. La même étude anticipe que ces économies pourraient atteindre jusqu’à 12 milliards d’euros d’ici 2050 si les politiques publiques favorisaient davantage l’habitat partagé et les dispositifs de prévention et d’accompagnement à domicile, plutôt que de se concentrer exclusivement sur les structures d’hébergement traditionnel. Aussi, Pour l’économiste Frédéric Bizard, changer l’accompagnement du grand âge permettrait de satisfaire le désir des Français de vieillir chez eux mais aussi de dégager des économies d’argent public.[9]

Ces données mettent en lumière une tension fondamentale dans les politiques d’accompagnement des personnes âgées : la question du coût et de la soutenabilité économique des modèles d’hébergement. Choisir un modèle alternatif, comme la cohabitation intergénérationnelle que prône le Vivre Avec, ne répond pas seulement à une aspiration individuelle à vieillir à domicile. C’est aussi une manière de réduire la pression financière sur les personnes âgées, leurs familles et, à terme, les dépenses publiques de long terme, tout en contribuant indirectement à désengorger les EHPAD, souvent saturés. Cela reflète une tendance politique européenne plus large, visant à privilégier les soins décents à domicile plutôt que la dépendance institutionnelle coûteuse[10]. La cohabitation avec un jeune introduit un mouvement dans cette immobilité. Elle permet de partager des moments, de créer des échanges simples mais significatifs, et de rompre l’isolement.

Ainsi, l’association Vivre Avec met en relation deux formes de solitude : celle, émergente et parfois angoissante, des jeunes, et celle, plus installée et durable, des personnes âgées. Cette rencontre produit un effet de réciprocité inattendu. Chacun apporte à l’autre ce qu’il lui manque, et le quotidien se transforme en un espace de présence mutuelle. Cette dynamique peut être analysée à travers la notion de care (soin mutuel en français) développée par Joan Tronto, qui insiste sur le fait que prendre soin de l’autre dans sa vulnérabilité est à la fois une pratique sociale et une responsabilité éthique[11]. De même, la philosophie d’Emmanuel Levinas éclaire cette relation en montrant que le lien à autrui engage toujours une responsabilité, que l’existence de l’autre nous interpelle et nous oblige à répondre, ne serait‑ce que par une présence attentive et constante[12].

C’est dans cette complexité que la cohabitation intergénérationnelle prend tout son sens. Elle n’est pas simplement une solution économique ou un partage de logement, mais une expérience du lien humain, fragile et exigeante, où la présence d’autrui transforme le quotidien, donne une épaisseur au temps, et réintroduit dans la vie des jeunes et des seniors ce qui fait la valeur essentielle de l’existence : la relation. Cependant, cette expérience ne va pas de soi. Elle repose sur un équilibre délicat, traversé de malentendus, d’ajustements et parfois de tensions, et c’est précisément dans cette fragilité que se révèle la nécessité d’un accompagnement structuré et constant, tâche centrale de l’association Vivre Avec.

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II. L’accompagnement des binômes : le cœur invisible du « vivre avec »

Le Vivre Avec ne se réduit jamais à la simple cohabitation physique de deux individus. Il est une pratique relationnelle, un art fragile, qui se construit au fil du temps, des interactions et des ajustements quotidiens. L’association Vivre Avec en a fait le cœur de son action, non pas comme une formalité administrative, mais comme un travail profondément humain, exigeant et souvent invisible. Ce travail commence bien avant que le binôme ne partage un logement.

Dans cette phase en amont, la médiation implique également l’entourage familial des personnes âgées. Dans certains cas, les enfants d’un senior sollicitent l’association afin de trouver une solution permettant à leur parent de rester à domicile. La question de l’entrée d’un jeune dans le logement peut alors faire l’objet de discussions entre le parent et ses enfants, notamment lorsque la communication est difficile, voire inexistante. La coordinatrice intervient alors comme médiatrice pour permettre à chacun d’exprimer ses besoins et faire circuler la parole. Par ailleurs, certaines personnes âgées sollicitent l’association avant même toute cohabitation pour un besoin d’écoute. C’est l’exemple de Madame X qui a appelé simplement pour « en parler », exprimant un besoin de parole. De même, une autre personne, récemment endeuillée après la perte de son compagnon, a trouvé dans la coordinatrice un espace d’écoute distinct du cadre familial, lui permettant d’exprimer ce qu’elle ne pouvait dire à ses proches.

Dans la phase de pré-mise en relation, l’association s’attache à comprendre chaque personne, à observer ses habitudes, ses sensibilités, ses attentes et ses limites. Ce processus n’est pas mécanique : il s’agit de saisir l’histoire de chacun, sa vulnérabilité, et de prévoir les possibles tensions qui pourraient surgir. En cela, l’accompagnement est déjà une pratique du « care », selon Joan Tronto, car il vise à répondre aux besoins de l’autre avant même que la relation ne commence concrètement.

Lorsque les binômes se rencontrent, l’association joue le rôle d’un tiers structurant, garant d’un cadre sécurisant et bienveillant. Elle aide à clarifier les attentes, à poser des règles de vie commune, mais sans imposer, car imposer reviendrait à dénaturer la relation et à limiter la responsabilité éthique des participants. Dans cette étape, la médiation peut également inclure la famille, notamment lorsque celle-ci intervient dans la décision de cohabitation. Il arrive que le parent et ses enfants ne se parlent plus directement : la coordinatrice devient alors un intermédiaire, permettant de transmettre les attentes, d’apaiser les tensions et de construire une décision partagée autour du projet de cohabitation. En effet, la relation à autrui engage une responsabilité qui ne peut être remplacée par une norme stricte : être présent, écouter, répondre, tout en respectant l’autonomie de l’autre, constitue le fondement du lien.

Mais c’est au fil de la cohabitation que le travail de l’association devient le plus concret et le plus délicat. Le cas d’un binôme situé à Bègles illustre cette situation : une absence de communication s’était installée entre les deux cohabitants, générant incompréhensions et tensions. L’intervention de la coordinatrice a permis d’accompagner l’un des participants à exprimer ses intentions, à clarifier ses attentes et à entendre celles de l’autre. La médiation a ainsi permis de débloquer la situation en recréant un espace de dialogue.

Les divergences de rythme, de perceptions, les petits conflits du quotidien surgissent inévitablement. L’accompagnement consiste alors à réguler ces tensions par l’écoute active, la reformulation, l’encouragement à l’expression des besoins et l’ouverture d’un espace de dialogue. La médiation devient alors un lieu où peuvent s’exprimer les besoins du jeune, du senior, mais aussi ceux de la famille, lorsque celle-ci est impliquée dans la relation.

Chaque intervention est subtile, parfois invisible pour les binômes, mais essentielle pour maintenir un équilibre fragile et éviter que la cohabitation ne se transforme en source de stress ou de frustration. Ce travail s’inscrit également dans un suivi structuré, notamment à travers des outils comme la fiche de suivi, qui permet de tracer les échanges, d’identifier les tensions et d’assurer une continuité dans l’accompagnement.

Au-delà de la cohabitation elle-même, Vivre Avec accompagne également les participants dans des situations plus larges. Par exemple, une personne âgée exprimait une fatigue face aux sollicitations répétées de ses enfants, dans un contexte de crises d’angoisse fréquentes. La médiation a permis de formuler ce besoin de distance et de redéfinir les attentes familiales. Une inquiétude, une difficulté personnelle, un moment de solitude peuvent amener les jeunes ou les seniors à solliciter l’association. La coordinatrice, par téléphone ou en présentiel, devient alors une figure rassurante, un point de repère capable de répondre à des besoins variés, parfois éloignés du simple partage de logement. Ce rôle dépasse la médiation classique et engage l’association dans une fonction sociale et éthique plus large à savoir de prévenir l’isolement, de soutenir l’autonomie et d’entretenir le lien humain. Ce travail, pourtant central, reste largement invisible. Il ne se mesure pas à l’aune d’indicateurs financiers ou de statistiques, mais à travers la qualité des relations, le sentiment de sécurité des participants et leur capacité à continuer la cohabitation dans la confiance. L’action humaine prend sens dans la relation et la présence de l’autre, et c’est précisément ce sens qui est au cœur de l’accompagnement de l’association. Chaque appel répondu, chaque conflit désamorcé, chaque inquiétude apaisée est un acte de soin social et éthique mieux une thérapie social au sens de Jean Bouisson[13] qui garantit la durabilité du lien intergénérationnel.

Ainsi, le « vivre avec » devient une véritable pratique sociale, exigeante et subtile, qui dépasse largement la simple mise en relation de deux individus. Il incarne la dimension invisible mais essentielle du dispositif de Vivre Avec, révélant que la réussite de la cohabitation repose autant sur la médiation et l’accompagnement que sur les bénéfices visibles pour les jeunes et les seniors. Sans ce travail continu, attentif et réflexif, le dispositif perdrait sa force, et la promesse d’un partage humain et équilibré resterait inachevée.

III. Du nombre croissant des binômes à la qualité d’accompagnement : garantir la pérennité du travail invisible du « vivre avec »

À mesure que l’association Vivre Avec se développe et que le nombre de binômes augmente, un enjeu central apparaît : celui du maintien de la qualité de l’accompagnement dans un contexte d’expansion. Le passage d’un nombre limité de cohabitations à près de 99 binômes transforme profondément les conditions de travail de l’association. Ce qui relevait auparavant d’un suivi individualisé, fondé sur la disponibilité et la proximité, tend progressivement à se heurter à des contraintes de temps et de ressources. Or, le soi mutuel (care) ne peut être pensé comme un acte ponctuel, mais comme un processus continu qui exige du temps, de l’attention et une présence effective auprès des personnes accompagnées. L’accompagnement dans la cohabitation intergénérationnelle repose en grande partie sur la qualité de l’écoute. L’écoute active, la médiation et la capacité à accueillir la parole des binômes constituent des compétences fondamentales, qui nécessitent elles-mêmes une formation spécifique. La médiation ne s’improvise pas : elle suppose une maîtrise des techniques d’écoute, de reformulation et de gestion des conflits. Dès lors, la formation des coordinateurs et des intervenants apparaît comme une condition essentielle pour garantir la qualité du dispositif. Investir dans des formations en médiation et en écoute active, c’est renforcer la capacité de l’association à maintenir un lien de qualité entre les participants et à prévenir les tensions inhérentes à toute relation humaine. Cependant, la croissance du nombre de binômes vient fragiliser cette exigence de qualité. L’accompagnement prend du temps : temps d’écoute, temps d’échange, temps de compréhension des situations singulières. Or, avec l’augmentation des cohabitations, ce temps tend à se réduire. Il devient difficile de maintenir une présence régulière et attentive auprès de chaque binôme. Le suivi, qui constitue pourtant le cœur du dispositif, se trouve alors mis sous tension. L’association est contrainte d’opérer des choix, de prioriser certaines situations jugées plus urgentes ou plus fragiles, au risque de réduire l’accompagnement pour d’autres binômes dont les besoins, moins visibles, n’en sont pas moins réels.

Cette tension révèle une limite structurelle du dispositif : la qualité du « vivre avec » dépend directement du temps qui peut être consacré à chaque relation. Or, lorsque le temps d’écoute se raréfie, c’est cette présence même qui se trouve menacée. Le risque est alors de voir l’accompagnement se transformer en un suivi minimal, centré sur la gestion des urgences, au détriment de la prévention et de la qualité du lien. Dans ce contexte, la question des moyens devient incontournable. Maintenir une présence active, une écoute attentive et un accompagnement de qualité suppose de renforcer les ressources humaines et financières de l’association. Il ne s’agit pas seulement d’augmenter le nombre d’intervenants, mais aussi de leur permettre de se former, de disposer de temps pour le suivi, et de travailler dans des conditions qui garantissent la qualité de leur engagement.

Dès lors, la pérennisation du dispositif repose sur une articulation entre croissance quantitative et qualité relationnelle. L’augmentation du nombre de binômes ne peut être soutenue sans un investissement proportionnel dans les moyens humains, financiers et formatifs. La mobilisation de partenaires devient ainsi essentielle pour financer les formations en médiation et en écoute, renforcer les équipes et garantir le maintien d’un accompagnement individualisé.

Conclusion

La cohabitation intergénérationnelle portée par l’association Vivre Avec illustre que « vivre ensemble » n’est pas seulement une réponse à la précarité du logement ou à l’isolement des jeunes et des personnes âgées : c’est avant tout une expérience du lien humain, fragile et exigeante. Pourtant, face à l’expansion du dispositif et à l’augmentation du nombre de binômes, une question centrale se pose : comment maintenir la qualité et la durabilité de ces relations ? L’analyse montre que tout repose sur le travail invisible d’accompagnement et de médiation réalisé par l’association. Écoute attentive, régulation des tensions, suivi individualisé et présence constante constituent le socle indispensable pour que le « vivre avec » dépasse la simple co-présence. Dès lors, la pérennité du dispositif dépend non seulement de l’engagement des participants, mais aussi des moyens humains, financiers et formatifs mobilisés pour soutenir cette dynamique. En définitive, la cohabitation intergénérationnelle révèle que le lien social, loin d’être spontané, se construit et se cultive avec soin, et que la valeur de cette pratique réside dans la capacité à transformer la rencontre en véritable accompagnement réciproque.

Adolphe Ayélété Akakpo-Vizah - Chercheur en Santé publique | Santé mentale | Trouble du développement (TSA/TDAH) | Médiation sociale, en santé et intergénérationnelle | Politiques publiques | Inégalités sociales de santé | Éthique des soins

 

[1]https://www.odoxa.fr/sondage/6-jeunes-sur-10-ont-du-mal-a-se-loger-et-7-sur-10-vivent-dans-des-logements-inadapte/

[2] https://www.fondationdefrance.org/images/pdf/2025-cp/cp_fdf_solitudes_2025.pdf

[3] Robert Castel, « De l’indigence à l’exclusion, la désaffiliation » in Jacques Donzelot (dir.), Face à l’exclusion, le modèle français. Paris, Éditions Esprit, 1991, p. 137-168.

[4] Robert Castel, La montée des incertitudes. Travail, protections, statut de l’individu, Paris, Seuil, 2009.

[5] Hannah Arendt, « Questions de philosophie morale », dans Responsabilité et jugement, Payot, 2005, p. 125 à 128. Traduction de Jean-Luc Fidel

[6] https://www.quechoisir.org/enquete-ehpad-ou-maintien-a-domicile-prendre-en-compte-les-couts-n164856

[7] https://www.quechoisir.org/enquete-ehpad-ou-maintien-a-domicile-prendre-en-compte-les-couts-n164856

[8] https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/09/18/un-rapport-prone-une-reforme-en-faveur-du-soutien-a-domicile-des-personnes-agees_6641720_3224.html

[9]https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/09/18/un-rapport-prone-une-reforme-en-faveur-du-soutien-a-domicile-des-personnes-agees_6641720_3224.html

[10] Gori C, Luppi M. Cost-containment long-term care policies for older people across the Organisation for Economic Co-operation and Development (OECD): a scoping review. Ageing and Society. 2024;44(9):1919-1942. doi:10.1017/S0144686X22001076

[11] Joan Tronto, Un monde vulnérable, pour une politique du care (Moral Boundaries : a Political Argument for an Ethic of care, 1993), traduit de l’anglais par Hervé Maury, 2009, La Découverte.

[12] Levinas, Emmanuel, Éthique et Infini : dialogues avec Philippe Nemo, Paris, Fayard, 1982.

[13] Rapport MIS