Sa nature nous échappe. Seules ses formes et quelques principes qui l’animent commencent à être connus, notamment à la suite des avancées de la recherche en biologie. En tant que processus coexistant à la vie, l’étude du vieillir souffre des mêmes limitations. Pour nous, qui approfondissons ce sujet depuis une 50aine d’années, en ayant participé à l’émergence et au développement de la Psychogérontologie en France (Voir, p.ex. Bouisson, 2018, pp. 1-24), nous avons le sentiment que les travaux sur le vieillir souffrent, en outre, d’un manque de reconnaissance et qu’ils peinent à se maintenir à distance des a priori, préjugés, naïvetés et faux débats qui encombrent ce domaine.
Qu’entendons-nous par « vieillir » ?
Selon nous, le processus du vieillir n’est rien de plus qu’une impulsion, une poussée, un élan de vie[1], pour une large part déterminé et modulé par nos ressources génétiques, nos environnements physiques successifs et les contextes historiques, économiques, sanitaires, socio-politiques, etc. qui y sont liés. Le temps et ses aléas y déposent leurs stigmates en autant de témoignages incarnés sculptant une diversité infinie de figures. Le fait est bien documenté, depuis des dizaines d’années (p.ex Baltes et Baltes, 1990) : les visages du vieillir sont innombrables jusqu’à l’ultime étape de l’existence, mais ils demeurent, quoique que l’on fasse, principalement perçus à travers le prisme réducteur, « dé-fectologique » et particulièrement « dé-formant » des « dé » : dégénérescence, démence, décadence, détérioration, déficit, dépendance, dépression, désespoir, etc. Certes, cet élan de vie qu’est le vieillir connaît des fortunes diverses de l’un à l’autre, des accélérations et des temps de pause, des « hauts » et des « bas » tel le « coup de vieux », (par ex. Bouisson, 2000). Inexorablement, il finit par s’essouffler et s’interrompre, d’une infinité de manières, ici encore.
Tout comme la vie, cependant, le vieillir s’étend donc de la naissance à la mort. Comme elle, il est un processus de développement lifespan. Il n’a pas d’âge.
Vieillir toute la vie ? Le cerveau ne décode pas ce que l’ oreille entend.
Nous avons écrit, enseigné, communiqué, débattu durant des années et des centaines de fois sur le vieillir toute la vie, sans être le premier, ni le seul à nous y intéresser (P. ex. : Goulet, L.R. & Baltes, P.B., 1970 ; Bee, HL., Mitchell, SK. 1984 ; Goldhaber, D. 1986 …). Nous avons eu la chance de pouvoir échanger sur ce point avec toutes sortes de publics sans être jamais (sinon faiblement et rarement) démenti. Nous avons ainsi appris qu’il y avait loin de l’oreille au cerveau ! Pour chacun, et même, nous semble-t-il, de plus en plus, le vieillir serait désormais contraint dans un seul moment de la vie, sans échappatoire possible : vieillir, c’est être vieux, l’état de vieillesse ayant définitivement figé et phagocyté le processus. De ce fait, le cerveau est dépourvu d’une clé essentielle pour comprendre le sens de ce qui est dit. Dans sa carte sémantique mentale du lobe frontal, sur l’aire de Wernicke[2], il ne disposerait que du mot « vieillesse » pour « vieillir » et « vieillissement ». Quelle que soit la langue, il en serait ainsi. La surdité au vieillir « lifespan » serait devenue universelle pour chacun, pour les politiques, et même pour les chercheurs parmi les plus avancés. En 2025, nous n’avons toujours pas pris conscience des conséquences toxiques de cette forme de surdité.
Une vieillesse piégée entre une représentation majoritairement défectologique et un interdit du vieillir.
Durant plus de 20 ans, nous avons demandé aux étudiant qui suivaient nos cours de Psychogérontologie d’écrire durant 5 minutes les qualités et les défauts qui leur venaient spontanément à l’esprit quand ils pensaient aux personnes âgées. Sur près de 3000 étudiant.e.s, 90% n’ont pu citer qu’une qualité, au plus, contre 7 à 10 défauts, avec peu de variations d’une année à l’autre. Les termes dépréciatifs et défectologiques étaient systématiquement surreprésentés, alors que les jeunes étudiants avaient aussi, par ailleurs, une représentation beaucoup plus nuancée des personnes âgées de leur entourage.
Tomber en vieillesse, surtout quand on vit seul, sans proches pouvant tempérer le choc et le poids des représentations, celui de l’interdit de vieillir – ( p.ex. Amyot et Billé, 2004) ; Vergely, (2005) ; Chapier, H. ( 2009) – et de l’injonction à rester jeune à tout prix – (P.ex. Fredman et Jim (2002) – place le « vieux » face à toutes sortes de risques :
- L’effet Golem (McLeod, 1995). Il s’agit d’une forme de ce que les psychologues nomment une prophétie autoréalisatrice. Elle peut avoir des conséquences positives, comme dans l’effet Pygmalion (Rosenthal et Jacobson (1968), qui est le plus connu, ou au contraire négatives, comme dans l’effet Golem, où l’une des conséquences principales est une perte d’estime de soi et une dévalorisation de ses compétences[3]. Le poids des stéréotypes négatifs sur les personnes âgées est rarement envisagé, alors qu’il est susceptible d’avoir des effets démotivants, dépréciatifs et dépressogènes.
- Le blâme. Devenir vieux alors que d’autres s’efforcent, par toutes sortes de moyens, de rester jeunes et vivent dans l’illusion d’y parvenir dans un avenir proche, voire d’y être déjà[4], c’est être exposé aux effets pernicieux d’un autre processus psychologique : le blâme de la victime. En effet, selon Rodeheaver et Stohs (1991, pp. 141-156), « Quand on est persuadé que le vieillissement est contrôlable... il devient plus menaçant, déplaçant la croyance dans la non culpabilité personnelle et établissant les conditions de l’équivalent intrapsychique du blâme de la victime. » Et la victime, ici, serait le vieux tombé en vieillesse!
- N’avoir que ce qu’on mérite ! Pour Lerner (1980), tout être humain aurait besoin de conserver l’illusion d’un certain contrôle sur son environnement proche et même plus lointain. Les événements intervenant dans son monde ne seraient pas le fait du hasard. Ils refléteraient la logique d’un univers juste où chacun recevrait ce qu’il mérite et mériterait ce qui lui arrive. Il s’agit de la théorie de la croyance en un monde juste. Quand un événement inattendu vient frapper quelqu’un, plus ceux qui connaissent les événements qui l’ont frappé se sentent menacés dans leur croyance en un monde juste, plus ils éprouvent le besoin de l’affirmer, soit en blâmant le comportement de la victime, soit en critiquant ses qualités personnelles, son manque d’efforts…Le vieux tombé en vieillesse serait, selon cette théorie, non seulement blâmable, mais aussi incompétent et paresseux !
- Tout le monde souffre…
Nous savons par expérience que les propos qui précèdent seront jugés excessifs, de l’ordre d’une simple figure de style, d’une médiocre hyperbole exagérant l’expression d’une réalité désagréable. Ce n’est pas parce qu’on nous fera le reproche de termes inconvenants et provocants qu’on effacera la souffrance induite par un vieillir déconsidéré, dévitalisé, impensé, vidé de tout sens[5]. En 2019, une étude IPSOS rapportée par les Petits Frères des Pauvres parle d’une peur de vieillir nommée par 78% des Français, seul un sur cinq pensant qu’il sera en bonne santé lorsqu’il sera âgé[6] . En 2025, une enquête BVA réalisée sur un échantillon de 2000 Français de 18 ans et plus fournit les statistiques suivantes[7] :
- 60% des Français ont peur de prendre de l’âge. Cette angoisse est plus présente chez les femmes : 66% des femmes et 54% des hommes ont peur de vieillir ;
- Cette peur s’exprime, pour 83 % de ces personnes, par la crainte des changements physiques, mais pas uniquement. Ces inquiétudes fragilisent le bien-être et le quotidien, dans leur ensemble : 42 % d’entre eux ont peur des conséquences sur leurs conditions de vie, telles que l’isolement, la perte de pouvoir d’achat, 42 % de l’impact sur leur place dans la société, tel que le fait d’être un poids pour ses proches, et 39 % redoutent de subir une réduction de leurs capacités intellectuelles ;
- 64% des 18/24 ans ont déjà peur de vieillir ;
- 53% des Français ont déjà subi le poids des injonctions et des normes, ce qui alimente la peur de vieillir
- 76% des Français de plus de 45 ans ont déjà entendu des injonctions liées à l’âge…
- …Et suite à celles-ci, 52% des plus de 45 ans ont déjà renoncé à quelque chose (porter un certain type de vêtements, sortir dans un bar ou une boîte, rencontrer de nouvelles personnes…) suite à une remarque, une injonction subie.
Enfin, le Baromètre de la fondation Mutac[8], en collaboration avec BVA révèle que :
« Les Français accordent de la valeur aux personnes âgées, en termes de transmission, d’utilité, cependant vieillir fait toujours peur et l’idée selon laquelle les personnes âgées coûtent cher à l’Etat gagne du terrain (Vieillir fait peur (70%) ; Vieillir est un frein à la vie sociale (42%) ; Les personnes âgées coûtent cher à l’Etat (39%) ; Le vieillissement est une maladie (17%) ; Les rides, les cheveux blancs et le relâchement de la peau créent des complexes (54%)). »
Quid du Bien vieillir ?
Nous suivons de très près les débats relatifs à cette question. Ils ne manquent pas d’intérêt ; mais ils ne nous paraissent pas suffisants, en l’état actuel, pour sortir le vieillir de sa gangue de préjugés, notamment s’il n’est pas clairement considéré en tant que processus lifespan, s’il demeure confondu avec le seul état de vieillesse, enkysté en celui-ci, et s’il ne se contente que d’injonctions, de normes, de recettes pour un résultat restant à vérifier. Les acteurs de ce champ ont d’incontestables compétences, mais il nous a toujours semblé aventureux de défendre un « Bien » vieillir alors que la nature même de ce dernier n’est pas mieux connue que celle de la vie et qu’il peut y avoir risque de culpabilisation de ceux qui ne peuvent accéder à ce « Bien ». D’autre part, qui est véritablement compétent à dire et à faire ce « Bien » ? Ceux qui ont une certaine expérience des pratiques des acteurs du champ sanitaire et social connaissent parfaitement ces « sachants » prétendant savoir ce qui est « mieux » pour l’autre. Si le Bien vieillir consiste à aider celui qui le désire (ou qui a du mal à exprimer ce désir) à s’ajuster au mieux aux conséquences et aux ressentis de son propre vieillir lifespan, nous ne pouvons qu’encourager à aller dans ce sens. Il y a, cependant, un préalable incontournable.
L’urgence de déplier le vieillir lifespan
On ne peut pas ne pas vieillir. Il s’agit d’un processus naturel dont la maîtrise nous échappe. De tout temps, l’être humain a détesté ce qu’il ne pouvait contrôler, ce qui l’a poussé à développer ses ressources créatrices et ses compétences technologiques pour vaincre les obstacles qu’il rencontrait. Comme Sisyphe, il s’acharne depuis toujours à remonter son rocher avec l’espoir de parvenir un jour, en dépit de tout, à l’éternelle jeunesse. Pour les Sisyphe que nous sommes tous, les temps qui viennent risquent d’être particulièrement difficiles, notamment quant à la peur de vieillir dans un monde devenant de plus en plus incertain et imprévisible. Un sentiment de vulnérabilité désormais universellement partagé ne peut qu’aggraver nos angoisses[9] et contribuer à étouffer davantage le vieillir sous des règles, des normes et des habitudes[10]. Or, comme nous ne cessons de le dire, ici encore, il est urgent de débrider le cours du vieillir, de le laisser suivre son chemin et de l’appréhender avec un regard dégagé des ornières où nous l’avons contraint, plus libre face aux espaces qu’il nous ouvre. Nous nous contenterons, pour l’instant, de 4 simples suggestions :
- Débarrassons-nous du découpage inapproprié des âges. Il n’y a pas d’âge pour vieillir. Chacun vieillit en fonction de l’élan qui l’anime, de ses ressources, des environnements qui le soutiennent... Luttons, dans le même temps, contre les préjugés qui empêchent les réciprocités intergénérationnelles et l’échange des compétences essentielles au maintien du vivre ensemble. Il est totalement suicidaire, pour une société, de s’enfermer dans la certitude que les jeunes et les vieux n’auraient rien à faire ensemble, n’ayant pas les mêmes codes et ne poursuivant pas les mêmes objectifs. L’association Vivre Avec démontre, depuis une 20aine d’années, que les jeunes et les vieux peuvent parfaitement cohabiter en en éprouvant un vrai bien-être (Voir, p.ex. Bouisson, J., Renet, E., Frézet, O. (2024)) . Ceci fait, débridons le vieillir, laissons-lui libre cours, l’opportunité de se déplier sur toute la vie pour ajouter de la vie à la vie;
- Vieillir, c’est grandir, c’est se développer toute la vie, la vieillesse devant être comprise « comme une étape ultime dans le développement de l’adulte» (Montangero, 1993, p.8). Certes, les cheveux blanchissent, la peau se relâche et les articulations sont moins souples ; mais l’esprit peut demeurer vif et créatif jusqu’au bout. L’expérience accumulée, la maturité intellectuelle et la liberté de penser différemment permettent d’apporter un second souffle, et d’échapper, en particulier, à l’effet Golem (Voir ci-dessus) aux effets toxiques et démotivants inexplorés[11]. Toutefois, il est tout à fait nécessaire d’encourager, stimuler, ou tout simplement informer et apprendre aux personnes âgées qu’elles peuvent avoir accès à un vieillir leur ouvrant, quel que soit l’âge, un vaste champ de possibles. Leurs ressources sont plus limitées ? Elles vivent de nombreux changements ? Le modèle S.O.C., (Sélection, Optimisation, Compensation), par exemple, proposé par Baltes et Baltes (1990), les aide à maintenir ou améliorer leur fonctionnement malgré les pertes liées à l’âge, aux contraintes ou aux événements de vie. Le modèle S.O.C. est conçu comme un processus dynamique d’adaptation où les personnes sélectionnent leurs priorités, optimisent ce qui reste possible, et compensent ce qui ne l’est plus[12].
- Délivrons le vieillir de sa gangue de termes stigmatisants. Laissons entrer des mots témoignant d’un regard plus positif, notamment sur les personnes âgées. Pourquoi ne pas parler de maturité plutôt que de vieillesse, de goût de l’instant plutôt que de lenteur, d’ art de vivre ou de sagesse du quotidien plutôt que d’habitudes, de confiance offerte et d’ouverture à la réciprocité plutôt que de dépendance ? Un mot, en particulier, nous semble à effacer en priorité : celui de retraite. Si ce mot-couperet, longtemps entendu comme l’annonce d’une mort sociale, a aujourd’hui une connotation plus positive, avec l’émergence de nouvelles retraites (Guillemard, 1972, 2002)[13], pourquoi ne pas remplacer ce terme déceptif, démotivant, à risque de renforcement de l’effet Golem et à l’avenir chargé d’incertitudes, par celui de ressourcement ? Avec la maturité de l’âge, à un moment où émerge fréquemment un besoin de faire le point, d’envisager d’autres manières d’être utile, de redéfinir ses objectifs de vie et ses priorités, parler de temps de ressourcement ne donnerait-il pas davantage envie de se projeter dans cette période de la vie ?
- Le vieillir exprime l’un des paradoxes essentiels de notre humanité : sa vulnérabilité, ce ciment indispensable du vivre-ensemble. Plus manifeste dans la jeunesse et la vieillesse, cette vulnérabilité rappelle combien nous sommes tous, sans exception, liés par les solidarités et les interdépendances. Il est temps de repenser le vieillir, de le revitaliser (Bouisson, 2023), d’enjamber les préjugés qui l’enchaînent et de l’assumer comme une force à tous les âges de la vie. »
Jean Bouisson – Vice-Président de l’association Vivre Avec - Ancnt Professeur Émérite de Psychogérontologie clinique et Santé publique.

Références
- Amyot, J.J. et Billé, M. (2004). Vieillesses interdites. Paris : L’Harmattan.
- Baltes, PB., Baltes, MM. (1990). Psychological perspectives on successful aging : The model of selective optimization with compensation. In : Baltes PB, Baltes MM, (eds). Successful aging : perspectives from the behavioural sciences. Cambridge : Cambridge University Press, 1990 : 1–34.
- Bee, HL., Mitchell, SK. (1984). The developing person : a life span approach. Cambridge, Londres : Harper and Row.
- Benoît, E. (2024). L’élan vital, formation d’une notion et formes d’écriture (chez Bergson, avant Bergson, après Bergson). Arts et Savoirs. Laboratoire LISAA. URL : https://journals.openedition.org/aes/7105
- Bergson, H. (1907). L’Évolution créatrice. Paris: PUF , 1941, 1943.
- Bergson, H. (1932). Les deux sources de la morale et de la religion. Paris : PUF.
- Bouisson, J., Renet, E., Frézet, O. (2024). Convivance et reliance : deux paradigmes majeurs de « Vivre Avec ». https://www.logement-solidaire.org/reseau-olises
- Bouisson, J. (2023). Vieillesses impensées, jeunesses empêchées : si nous(re)vitalisions le vieillir ? Editions de l’Olisés https://www.logement-solidaire.org/reseau-olises
- Bouisson, J. (2018). Emergence et développement de la Psychogérontologie en France (Quelques repères historiques). In Amieva, H., Bergua, V., Adam, S. (Eds.). Psychogérontologie (5 leçons fondées sur des cas cliniques). Louvain-La-Neuve et Paris : De Boeck Supérieur. Chapitre 1, pp. 1-24. https://doi.org/10.3917/dbu.amiev.2018.01.0001
- Bouisson, J. (2008). Le Syndrome de vulnérabilité. Paris : Lavoisier.
- Bouisson, J. (2000). Le pigeon, le 'coup de vieux', le 'syndrome de vulnérabilité'. Pratiques psychologiques, 3, 37-48.
- Cabrol, N.A. (2021). Voyage aux frontières de la vie. Paris : éditions du Seuil.
- Chapier, H. (2009). Il est interdit de vieillir. Paris : Publibook
- Fredman et Jim. (2002). Rester jeune à tout prix (encroûté, super flippé, relouké, total r@jeuni). Paris : Vents d’Ouest.
- Galilée (dit Galileo, Galilei). 1638). Discours concernant deux sciences nouvelles. D’après une traduction de Maurice Clavelin éditée aux PUF, collection EPIMÉTHÉE (Essais philosophiques – (1995).
- Goethe, J.W. (1847). Faust I et II. Traduit de l’Allemand (Traduction française de Jean Malaplate). Paris : Flammarion, 2015.
- Goldhaber, D. (1986). Life span human development. New York, Chicago : Harcourt Brace Jovanovich.
- Goulet, L.R. & Baltes, P.B. (1970). Life-span developmental psychology : Research and theory. NewYork : Academic Press.
- Guillemard, A.-M. (1972) — La retraite : une mort sociale. Sociologie des conduites en situation de retraite. In: Population, 29ᵉ année, n°4-5, 1974. p. 943. https://www.persee.fr/doc/pop_0032-4663_1974_num_29_4_16376
- Guillemard, A-M. (2002). De la retraite mort sociale à la retraite solidaire (« La retraite une mort sociale » (1972) revisitée trente ans après). In Age et exclusions 2002/3, pp. 53-66. Editions Gérontologie et Société. DOI 10.3917/gs.102.0053
- Hamilton, P.F. (2004). Pandora’s Star (L’Etoile de Pandore pour la traduction française. Paris : Bragelonne, 2005).
- Lerner, M.J. (1980). The belief in a just word: A fundamental Delusion. New York: Plenum Press.
- McLeod, S. H. (1995). Pygmalion or Golem? Teacher Affect and Efficacy. College Composition and Communication, 46(3), 369-386.
- Montangero, J. (1993). Psychologie de la personne âgée. Paris :PUF.
- Rodeheaver, D., & Stohs, J. (1991). The adaptive misperception of age in older women: Sociocultural images and psychological mechanisms of control. Educational Gerontology, 17(2), pp. 141–156. https://doi.org/10.1080/0360127910170206
- Rosenthal R. et Jacobson LF. (1968). « Teacher Expectation for the Disadvantaged », Scientific American, 218, no 4, pp. 19-23.
- Sacks, O. (2009). Musicophilia. Paris: Seuil.
- Vergely, B. (2005). Il est interdit d’être vieux. In Le grand âge de la vie (Sous la direction de Maurice Godelier). Paris : PUF. Pp. 157-163.
Annexe
Le système SOC (pour Sélection, Optimisation, Compensation) a été proposé et testé par Paul B. Baltes et Margaret M. Baltes dans le cadre de la psychologie du développement. C’est un modèle d’autorégulation du développement qui décrit comment les personnes gèrent leurs ressources limitées pour maintenir ou améliorer leur fonctionnement malgré les pertes liées à l’âge, aux contraintes ou aux événements de vie.
La Sélection : consiste à choisir et hiérarchiser certains buts ou domaines d’activité plutôt que de vouloir « tout faire ».
L’Optimisation : Une fois un but sélectionné, on investit ses efforts et ses ressources pour développer, maintenir ou maximiser ses compétences et performances dans ce domaine.
La Compensation : Lorsque certaines capacités déclinent ou font défaut, on cherche des moyens alternatifs pour atteindre le même but.
Un exemple :
Mr Martin, 82 ans, vit encore à domicile. Il commence à avoir des difficultés de mobilité (il marche plus lentement, se fatigue vite), mais il tient beaucoup à rester autonome dans ses activités de tous les jours.
Application du système SOC :
Sélection
Mr Martin décide de garder comme priorité les activités quotidiennes essentielles (faire ses courses, préparer ses repas, entretenir un minimum son logement). Il renonce à entretenir seul son grand jardin, qu’il confie désormais à son fils et à un voisin.
Optimisation
Pour rester capable de faire ses courses, il participe à des séances de gymnastique douce organisées par une association locale. Il adapte son emploi du temps : il fait ses courses le matin quand il a plus d’énergie, plutôt que l’après-midi.
Compensation
Comme marcher devient difficile, il utilise une canne et parfois un déambulateur pour les trajets plus longs. Il fait appel à un service de livraison pour les produits lourds (packs d’eau, gros sacs).
Résultat : malgré les limites physiques, Monsieur Martin reste autonome, conserve son sentiment d’efficacité et préserve une partie importante de sa qualité de vie.
Notes
[1] Nous parlons d’élan de vie et non pas d’ « élan vital », c’est-à-dire, selon Bergson (1932, p. 117) : « une poussée interne, passant de germe en germe à travers les individus, qui porte la vie, dans une direction donnée, à une complication de plus en plus haute. ». Nous n’allons pas, comme lui, jusqu’à poser l’idée d’ « un élan de conscience traversant la matière » et qui serait « le moteur de l’évolution », « un élan universel présent à la fois dans chaque organisme, dans chaque espèce, et dans l’ensemble de l’évolution de la vie » ( Pour ces références, nous nous appuyons, ici, sur les notes d’Éric Benoît (2024), à partir, notamment de deux ouvrages de Bergson : l’Evolution créatrice et Les deux sources de la morale et de la religion. Éric Benoît : L’élan vital, formation d’une notion et formes d’écriture (chez Bergson, avant Bergson, après Bergson) », Arts et Savoirs [En ligne], 21 | 2024, mis en ligne le 10 juillet 2024 : http://journals.openedition.org/aes/7105 ; DOI : https://doi.org/10.4000/11zox. )
[2] L’aire de Wernicke est une aire corticale ayant un rôle prépondérant dans le décodage des informations auditives, notamment celles qui ont une valeur linguistique.
[3] Pour plus d’explications, voir : https://www.shortcogs.com/biais/effets-pygmalion-golem
[4] Les exemples sont nombreux, de l’industrie pharmaceutique au transhumanisme. Le journal Libération, par exemple, dans un article publié le 4 mars 2003, écrivait ceci : « Il y a quelque chose d'incongru à vieillir. La première conférence antiâge d'Europe l'a démontré ce week-end à Paris, réunissant sous la coupole du CNIT 1600 participants […] Ces spécialistes considèrent que vieillir est désormais une maladie dont on aurait les moyens de guérir. […] Des centres de médecine anti-âge se préparent pour intervenir avant la gériatrie, c'est-à-dire avant qu'il ne soit trop tard. » La littérature n’est pas en reste. Dans les romans de science-fiction, les clés de l’immortalité ont été trouvées depuis longtemps déjà, la réjuvénation permettant à chaque citoyen de vivre pendant des siècles (Voir, p.ex. Hamilton, 2004).
[5] Voir, à ce sujet : Jean Bouisson (2023) Vieillesses impensées, jeunesses empêchées : si nous (re)vitalisions le vieillir ?
[6] https://www.petitsfreresdespauvres.fr/sinformer/actualites/pourquoi-78-des-francais-ont-peur-de-vieillir
[7] https://www.bva-xsight.com/sondages/observatoire-age-societe-ressentis-injonctions-face-a-lavancee-age
[8] https://www.fondationmutac.org/wordpress/wp-content/uploads/2025/04/Fondation-MUTAC-BIRA-2024.pdf
[9] Voir, par exemple l’Enquête Ipsos pour AXA menée du 14 mai au 15 juin 2024 auprès de 19 003 personnes interrogées dans 15 pays auprès d'échantillons représentatifs de la population âgée de 18 ans et plus.
[10] Nous renvoyons ici le lecteur à notre ouvrage sur le Syndrome de vulnérabilité.
[11] Les exemples de ce que nous avançons ne manquent pas. Citons Galilée qui, même devenu aveugle après 70 ans, poursuit ses recherches en mécanique et rédige son ouvrage majeur : Discours sur deux sciences nouvelles (1638), qui pose les bases de la physique moderne – Oliver Sacks, neurologue et écrivain, a publié Musicophilia et d’autres ouvrages scientifiques majeurs dans ses 70 ans – Michel-Ange, à plus de 70 ans, conçoit le dôme de la basilique Saint-Pierre de Rome – Henri Matisse, presque paralysé à la fin de sa vie, invente une nouvelle technique, les célèbres papiers découpés, dans ses 70–80 ans. Goethe achève la seconde partie de Faust à 82 ans, une des grandes œuvres de la littérature universelle – Picasso produit une grande partie de son œuvre tardive après 70 ans, explorant toujours de nouvelles formes – Nelson Mandela devient président de l’Afrique du Sud à 75 ans, marquant l’histoire politique mondiale etc.
[12] On trouvera en annexe un petit développement sur le système S.O.C., établi avec l’aide de ChatGpt (pourquoi se priver d’un outil qui peut aider ?) et supervisé par nous.
[13] Revenant, 30 ans après, sur son 1er article, A-M Guillemard constate que « la retraite-retrait, fortement attestée dans les années soixante-dix dans le monde ouvrier et qui représentait une modalité extrême d’exclusion sociale, a nettement régressé. Désormais, la retraite-loisirs et la retraite-troisième âge sont les types de comportement de retraite les plus fréquents. » L’auteure parle aussi de « l’émergence d’une nouvelle retraite-solidaire. Cette dernière est tournée vers la vie associative et remet en question la distribution des temps de la vie en trois âges bien distincts et ségrégés. » (p.53). «Avec l’avènement de la retraite solidaire, - ajoute-t-elle en conclusion (p.65) - la retraite n’est plus cet âge de la vie-d’après-le-travail. Elle devient celui d’un âge où l’activité marchande fait place à l’activité libre.».

